L’euskara

L’euskara est parlé dans un pays à la fois réel et fictif. Pays fictif dans la mesure où il n’y a jamais eu dans l’histoire de nation basque, tout au plus un territoire qui s’est revendiqué comme tel, tracé par des hommes qui avaient emboîté le pas aux romantiques allemands à qui on doit la notion de peuple comme unité spirituelle (Volkgeist), et qui réunit sous une même bannière trois provinces françaises et quatre espagnoles. Pays réel cimenté par l’usage d’une même langue vernaculaire aux frontières fluctuantes, surtout en Espagne, où elle perd ici et là du terrain et en regagne ailleurs, alors qu’en France ses frontières n’ont pratiquement pas bougé depuis quatre siècles.
Le Pays basque contemporain, dans son extrême fragmentation spatiale, temporelle, linguistique (on ne comptait pas moins de huit dialectes littéraires sous l’Ancien régime), géographique, est une région laminée par un siècle de bouleversements sociaux, politiques et économiques. Après avoir été tirés à hue et à dia par les divers royaumes qui chevauchaient les Pyrénées, les Basques ont connu sur leur sol toutes les guerres auxquelles s’est livré ou a été livré le XXème siècle: société urbaine contre société rurale (paradigme des écrits “basques” d’ Unamuno qui écrivait en castillan), marxisme et syndicalisme contre catholicisme, irrédentisme contre centralisme, etc. Seul point d’ancrage dans ce vertige de l’histoire : la langue, “âme du peuple”, avec laquelle les Basques se sont dès le départ identifiés.
Dans ce monde si chaotique, où toute déception, depuis l’échec carliste, en appelait une autre, elle a illustré une permanence, jeté un pont entre ceux qui, à l’instar de François-Xavier, allaient arpenter le monde, et ceux qui restaient, et elle a été plus qu’un instrument de communication ou un moyen d’expression pour le créateur solitaire. Lieu de communion et de partage, elle s’est érigée en grand corps mystique et eucharistique, et ce n’est nullement un hasard si, feuilletant des anthologies de la littérature basque, y compris les plus contemporaines, on est surpris par la prééminence des hommes d’église.
En terre basque, la poésie est privilégiée, d’une part parce qu’elle se rattache sans rupture à la tradition orale des chansons populaires et des improvisations des bersolaris, et d’autre part parce que l’incantation y a presque toujours pris le pas sur le sens (évolutif par essence). Et dès ses premières formes, cette poésie a fait de la langue, (sa nature, son statut, ses objectifs) sa préoccupation majeure, comme en témoigne le premier ouvrage écrit en euskara, Lingua Vasconum Primitiae, publié en 1545 par Bernard Dechepare, curé de Saint-Michel-le-Vieux en Basse-Navarre: “Euskara, sors dans les rues ! / Béni soit le pays des Basques / Il a donné à l’euskara tout ce dont il a besoin / Euskara, sors dans les places !”[...]

André Gabastou

~ par Myriam le juin 4, 2008.

Une réponse to “L’euskara”

  1. Dans le concept psychologique basque un pays se limite par la langue et la notion de frontière linéaire est étrangère à notre esprit. Je me rappelle pendant mon enfance des “étrangers” en l’ocurrence des bordelais avaient acheté une ferme voisine. Ces voisisns ne parlaient pas le basque, donc mes parents considéraient cette ferme comme un enclave étrangère mais en aucun cas une intrusion. Ces “étarngers ” ne faisaient pas partie de notre pays mais cela ne nous gênait pas.
    Renforçons notre langue et par voie de conséquences nous renforcerons notre pays (si nous gardons notre esprit)

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